Tractions : à partir de combien êtes-vous bon ?
Par Arnaud - Le 18 octobre 2026

Tapez « combien de tractions » dans un moteur de recherche. Vous tomberez sur des dizaines de tableaux qui vous expliquent que 13 répétitions, c’est la moyenne chez les hommes. Que 21, c’est « bien ». Que 30, c’est le haut du panier.
Demandez maintenant autour de vous, dans votre box, qui fait 13 tractions strictes, à froid, sans élan. Vous allez compter sur les doigts d’une main. Il y a un problème. Et il est facile à démontrer.
Le test qui démonte tout
Le Corps des Marines américain note ses tractions sur 100 points. Voici son barème officiel.
Âge Minimum (H) Score parfait (H) Minimum (F) Score parfait (F) 17-20 ans 4 20 1 7 21-25 ans 5 23 3 11 26-30 ans 5 23 4 12 31-35 ans 5 23 3 11 36-40 ans 5 21 3 10 41-45 ans 5 20 2 8 46-50 ans 4 19 2 6 51 ans et + 3 18 2 4
Retenez bien ces chiffres : 23 tractions, c’est le score maximal d’un Marine de 25 ans. Pas un bon score. Le score parfait, celui au-delà duquel on ne peut plus gagner de points.
Maintenant, reprenons les tableaux qui circulent sur Internet. Ils annoncent que 21 tractions placent un homme dans le top 20 %, et que le top 5 % commence à 29. Autrement dit : si ces tableaux disaient vrai, un homme sur cinq ferait un score quasi parfait au test des Marines, et un sur vingt le dépasserait de six répétitions. Chez les femmes, c’est pire. Le score parfait d’une Marine de 28 ans est de 12 tractions. Les tableaux en ligne placent ce chiffre au seuil du « top 20 % ». Une femme sur cinq ferait donc un carton plein au test du Corps des Marines.
Ce n’est pas plausible. Et ça ne l’est pas parce que ces tableaux ne mesurent pas ce qu’ils prétendent mesurer.
Après, il y a des records qui existent, et vous pouvez découvrir ici celui de Jade Henderson qui a battu le record du monde féminin de tractions en une heure !
D’où viennent ces chiffres ?
La base la plus citée rassemble 1 348 109 performances enregistrées entre 2016 et 2026. C’est énorme, et c’est précisément ce qui donne l’illusion de la représentativité. Sauf que ces données sont :
- Auto-déclarées. Personne ne vérifie. Aucun juge, aucune vidéo, aucun standard de profondeur ou d’extension des bras.
- Auto-sélectionnées. Ce sont des gens qui s’entraînent en force et qui enregistrent leurs séances dans une application. Un adulte qui n’a jamais fait une traction de sa vie ne figure dans aucune ligne.
- Tirées de la meilleure série. On note son record, pas sa performance ordinaire du mardi soir.
- Probablement comptées large. Entre une traction stricte, une traction avec un peu d’élan et une traction à mi-amplitude, la frontière est floue quand c’est vous qui comptez.
Le résultat n’est pas une médiane de la population. C’est une médiane de gens motivés qui déclarent leur meilleur chiffre.
Ce que dit la vraie mesure
Les données mesurées sur de vraies populations sont rares. Mais celles qui existent racontent une histoire radicalement différente.
Chez les femmes, l’exemple le plus parlant vient justement des Marines. En 2013, le Corps devait rendre obligatoire un minimum de trois tractions pour les recrues féminines. Le passage a été reporté après les tests de Parris Island : 55 % des recrues n’y arrivaient pas. Seules 45 % atteignaient le minimum. Et il ne s’agit pas de sédentaires. Ce sont des femmes jeunes, sélectionnées, en camp d’entraînement militaire. Plus de la moitié ne passaient pas trois tractions.
À lire aussi : Comment faire les strict pull-ups ? (Traction strictes) ? Le tuto complet !
Une étude de l’Université de Dayton va dans le même sens. Dix-sept étudiantes de corpulence moyenne, incapables de faire une seule traction au départ, ont suivi un programme spécifique : trois séances par semaine pendant trois mois, musculation et tractions assistées. Au terme des trois mois, quatre d’entre elles seulement parvenaient à une traction complète. Treize n’y arrivaient toujours pas.
À signaler honnêtement : cette étude est de petite taille et nous n’avons pu la consulter qu’à travers des relais de presse, sans référence de publication formelle. Elle donne un ordre de grandeur, pas une vérité statistique.
Alors, les vrais repères
Soyons clairs sur un point : il n’existe pas de mesure rigoureuse de la capacité en tractions de la population française. Personne ne l’a faite. Quiconque vous donne un pourcentage précis pour « les Français » l’a inventé ou recopié. Ce que l’on peut faire, en revanche, c’est poser des jalons vérifiables et vous laisser vous situer entre eux.
Hommes
| Votre chiffre | Ce que ça signifie réellement |
|---|---|
| 0 | Très courant, y compris chez des gens sportifs. Ce n’est pas un échec, c’est un point de départ. |
| 1 | Un vrai seuil. Vous savez produire de la force relative. |
| 3 | Le minimum absolu du Corps des Marines, toutes classes d’âge confondues. |
| 5 | Le minimum exigé d’un Marine de 21 à 45 ans. Pour une population déjà sélectionnée. |
| 10 | Un très bon niveau pour un pratiquant régulier. La moitié du score parfait d’un Marine. |
| 15 | Niveau nettement au-dessus de la moyenne des gens qui s’entraînent. |
| 20 | Score parfait au test des Marines pour un jeune de 17-20 ans. |
| 23 | Score parfait, catégorie 21-35 ans. Le plafond du barème. |
Femmes
| Votre chiffre | Ce que ça signifie réellement |
|---|---|
| 0 | La situation de la majorité des femmes, y compris entraînées. Rien d’anormal. |
| 1 | Une vraie performance. Trois mois d’entraînement ciblé n’y suffisent pas toujours. |
| 3 | Le minimum des Marines que 55 % des recrues ne passaient pas en 2013. |
| 6 | Score parfait au test des Marines pour la catégorie 46-50 ans. |
| 8 | Score parfait, catégorie 41-45 ans. |
| 11-12 | Score parfait, catégorie 21-30 ans. Le plafond du barème féminin. |
Et en CrossFit ®*, forcément, ça décale
Tous ces chiffres concernent le strict pull-up. En box, on enchaîne du kipping et du butterfly, des techniques qui exploitent l’élan et autorisent des volumes sans commune mesure. Un pratiquant capable de 30 kipping d’affilée plafonne souvent à 10 en strict. Ce n’est pas un défaut : les deux mesurent des choses différentes. Le kipping mesure une efficacité technique et une capacité à encaisser du volume. Le strict mesure de la force pure.
D’où le malentendu permanent en box : quelqu’un qui annonce « je fais 25 tractions » parle presque toujours de kipping. Comparé au barème strict, il est peut-être à 8.
Si vous voulez vous situer honnêtement : testez-vous à froid, en strict, sans élan, en début de séance. Le chiffre sera plus bas que celui dont vous avez l’habitude d’être fier. C’est le seul qui soit comparable à quoi que ce soit.
Le conseil de WodNews
Si vous faites 10 tractions strictes, arrêtez de vous demander si c’est suffisant. C’est la moitié d’un score parfait au Corps des Marines. C’est bon. Très bon, même, pour quelqu’un qui n’en fait pas son métier. Si vous en faites une, vous avez franchi la marche la plus difficile de toute la progression. L’étude de Dayton le montre crûment : trois mois d’entraînement spécifique ne suffisent pas toujours à décrocher cette première répétition. Vous l’avez. Et si vous en faites zéro, vous êtes très loin d’être seul y compris parmi des gens en bien meilleure forme que la moyenne.
La vraie leçon de cet article n’est pas un chiffre. C’est une habitude à prendre : devant n’importe quel tableau de performance, demandez-vous toujours d’où viennent les données. Une base d’un million de lignes auto-déclarées par des passionnés ne vous dit rien sur « les gens ». Elle vous dit seulement ce que déclarent les passionnés.
Sources : Barème officiel du USMC Physical Fitness Test · PBS NewsHour — le report du minimum de trois tractions · Christian Science Monitor — les données de Parris Island · Smithsonian Magazine — l’étude de l’Université de Dayton · Strength Level — la base de données auto-déclarée
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