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Les pompes réduisent-elles le risque cardiovasculaire ?

Par Arnaud - Le 4 novembre 2026

Faire des pompes : est-ce bon pour le cœur ?

Les pompes réduisent-elles vraiment le risque cardiovasculaire ? C’est la question que nous nous sommes posé, et voici les réponses.

Vous avez déjà peut-être vu ce chiffre quelque part : « 40 pompes et plus, c’est 96 % de risque cardiovasculaire en moins. » Il circule depuis quelques années, repris par des dizaines de médias, et il est devenu l’argument massue de tous ceux qui veulent convaincre un proche de se mettre au sport. Nous sommes allés lire l’étude originale. Et la réponse est plus intéressante que le chiffre.

La réponse courte

Ce chiffre-là est très fragile. Les auteurs de l’étude l’écrivent eux-mêmes. Mais le lien entre force musculaire et santé cardiovasculaire, lui, est solide, documenté sur des centaines de milliers de personnes, avec un effet nettement plus mesuré et des conclusions bien plus utiles. Les deux choses sont vraies en même temps. Voici pourquoi.

L’étude des pompiers, examinée de près

Le chiffre vient d’une étude publiée en février 2019 dans JAMA Network Open, menée par Justin Yang et ses collègues.

Le protocole : 1 104 pompiers américains de dix casernes de l’Indiana, tous des hommes, âge moyen 39,6 ans. Le test n’était ni un maximum libre, ni un test chronométré d’une minute, mais un enchaînement calé sur un métronome à 80 battements par minute, arrêté au bout de 80 répétitions, de trois temps manqués, ou à l’épuisement. Les participants ont été suivis jusqu’à dix ans.

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Le résultat annoncé : Les hommes capables de 41 répétitions ou plus présentaient un taux d’accidents cardiovasculaires 96 % inférieur à celui des hommes plafonnant à 10 répétitions ou moins.

Trois éléments que les reprises ne mentionnent jamais

Le nombre total d’événements est très faible. Sur toute la durée du suivi, l’étude a recensé 37 accidents cardiovasculaires. Trente-sept, répartis en cinq groupes. Le fameux « 96 % » repose sur un seul cas. Dans le groupe des 41 répétitions et plus, il y a eu un unique accident. Un résultat bâti sur un seul événement a, par construction, un intervalle de confiance immense, ce que les auteurs signalent explicitement.

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Les auteurs désavouent eux-mêmes la lecture qu’on en a faite. Ils écrivent que leurs résultats ne permettent pas de considérer la capacité en pompes comme un prédicteur indépendant du risque cardiovasculaire. Après ajustement sur l’âge et l’indice de masse corporelle, un seul groupe conservait une signification statistique : celui des 21 à 30 répétitions, pas celui des 41 et plus. Ils précisent également n’avoir pas corrigé pour comparaisons multiples, ce qui signifie qu’une partie des résultats peut relever du hasard.

En clair : ce n’est pas une étude malhonnête, c’est une étude modeste dont la couverture médiatique a été démesurée.

Ce que dit la vraie littérature

Si l’on quitte les pompes pour regarder la force musculaire en général, le tableau change du tout au tout. Les effectifs se comptent en centaines de milliers et les résultats sont remarquablement cohérents.

L’entraînement en force et la mortalité cardiovasculaire

Une analyse publiée en 2026 dans le British Journal of Sports Medicine a suivi 147 374 personnes sur une durée allant jusqu’à 30 ans, pour un total de 35 798 décès. Voici les résultats pour un volume de 90 à 120 minutes de renforcement musculaire par semaine :

MortalitéRéduction du risque
Cardiovasculaire−19 %
Toutes causes−13 %
Maladies neurologiques−27 %

Et le point le plus utile de toute cette littérature : au-delà de 120 minutes par semaine, le bénéfice cesse d’augmenter. Il ne s’inverse pas, il plafonne. Deux heures hebdomadaires suffisent à capter l’essentiel de l’effet. Dernier élément, parlant pour notre communauté : combiné à une activité aérobie élevée, le renforcement musculaire s’associe à un risque de mortalité inférieur de 53 à 58 %. Autrement dit, le bénéfice ne vient pas du renforcement seul, mais de la combinaison force + endurance… exactement la définition du CrossFit ®*.

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La force de préhension, le meilleur marqueur disponible

L’autre grand pan de recherche n’utilise pas les pompes mais le grip, la force de préhension, mesurée au dynamomètre. C’est le test le plus utilisé en épidémiologie, parce qu’il est rapide, reproductible et standardisé. Une étude publiée en 2022 a suivi 121 383 adultes de 28 pays pendant 7,4 ans en médiane. Comparés au tiers le plus faible, les participants du tiers le plus fort présentaient :

  • un risque de mortalité toutes causes inférieur de 59 % chez les hommes
  • inférieur de 62 % chez les femmes

À cela s’ajoute l’étude PURE, publiée dans The Lancet, menée sur 139 691 personnes dans 17 pays, qui a établi la force de préhension comme un prédicteur de mortalité et d’événements cardiovasculaires.

Une nuance intéressante : l’effet protecteur plafonne autour de 42 kg chez les hommes et 25 kg chez les femmes. Au-delà, on ne gagne plus. Là encore, c’est le passage de « faible » à « correct » qui compte, pas la poursuite de l’exceptionnel.

La limite qui vaut pour toutes ces études

Mais voici un point d’honnêteté qui s’applique à l’ensemble de ce qui précède : ce sont des études d’observation. Elles établissent une association, pas une causalité. Personne n’a tiré au sort des milliers de gens pour faire faire des pompes à la moitié pendant trente ans. Et il existe une explication alternative qu’on ne peut jamais exclure totalement : la causalité inverse. Une personne dont la santé se dégrade déjà, sans symptôme visible, fera naturellement moins de pompes et aura une poigne plus faible. Sa faiblesse ne cause pas sa maladie, elle en est un signe précoce. Les chercheurs corrigent ce biais autant que possible, en ajustant sur l’âge, la corpulence, le tabac ou les antécédents, et en excluant les décès survenus peu après la mesure. Mais aucun ajustement statistique ne le fait disparaître complètement.

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Alors, que retenir ?

  • Non, faire 40 pompes ne vous protège pas à 96 %. Ce chiffre est le produit d’un seul événement dans un petit groupe, et les auteurs de l’étude invitent eux-mêmes à ne pas en tirer cette conclusion.
  • Oui, être musculairement fort est associé à un risque cardiovasculaire plus faible, de façon bien plus robuste, sur des effectifs bien plus importants, avec des effets de l’ordre de 19 % sur la mortalité cardiovasculaire.
  • Et la bonne nouvelle est dans le dosage. Les bénéfices se concentrent dans les premières heures d’entraînement hebdomadaire. 90 à 120 minutes de renforcement par semaine, combinées à du travail aérobie, captent l’essentiel de l’effet. Ce n’est pas un programme d’athlète : ce sont trois séances d’une demi-heure.

Le test des pompes, lui, garde toute son utilité, mais comme thermomètre, pas comme traitement. Il vous dit où vous en êtes. Ce qui change votre trajectoire, c’est ce que vous faites entre deux tests.


Ces informations sont fournies à titre informatif et ne remplacent pas l’avis d’un professionnel de santé.

Sources : Yang et al., « Association Between Push-up Exercise Capacity and Future Cardiovascular Events Among Active Adult Men », JAMA Network Open, 2019 · « Long-term resistance training with all-cause and cause-specific mortality », British Journal of Sports Medicine, 2026 · « Associations of handgrip strength with all-cause and cancer mortality in older adults », Age and Ageing, 2022 · Étude PURE, The Lancet

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