Tatouages et CrossFit ®* : tous tatoués ?

Les tatouages et le crossfit
Crédit : Christophe Magnier

Cet article est paru dans le WorkOut Mag’ n°27. Pour vous abonner au magazine ou le commander en numérique, il suffit de cliquez ici !

Tandis que les températures remontent (sauf si vous habitez en Normandie, hein), les corps se dénudent. Alors, non, pas de panique ! Point de louanges concernant une quelconque pratique naturiste de notre sport favori. Ici, il est juste question de troquer des leggings contre des shorts et de s’abandonner (parfois trop littéralement) aux WODs piscine. Et tandis que des centimètres carrés de peau visibles augmentent en même temps que l’ensoleillement, nombreux sont les tatouages qui se révèlent… Et on peut dire que les athlètes de CrossFit ®* semblent entretenir un goût tout particulier pour les motifs en tout genre.

Il fut un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître… (mais les plus de trente ans, oui). Non, je ne parle pas des après-midi à boulotter des Chamonix devant la première version des Minikeums, ces marionnettes un brin flippantes, croisement OGM d’un Thunderbird et d’une célébrité française en une de Voici. La période en question est celle où le tatouage était vaguement un truc de voyous du dimanche, de bikers vêtus de perfectos à franges, de tous les tontons Roger avec une banane à la Dick Rivers et son cœur mal tracé qui roulait sur les veines de son avant-bras… Alors, passer sous l’aiguille du dermographe était un truc un peu underground qu’on allait faire dans la boutique d’un mec à rouflaquettes, une lubie de maçon qui fume des Gauloises papier maïs, une façon de marquer sa peau qui choquait les grenouilles de bénitier et autres garants du bon goût. Et soudain, tout a basculé. Assurément, la lancinante ritournelle de Mozart l’Opéra Rock y est pour quelque chose. Il a fort à parier qu’un « Tatoue-moi sur tes seins » ahané par un italien accro à l’eye-liner et aux balayages Wella n’est autre qu’une conspiration des reptiliens pour relancer le marché des encres de tatouages. Résultat de ce lobby transalpin intensif, la pratique est en constante augmentation. En 2010, un Français sur 10 se dit tatoué. Huit ans plus tard, une étude commandée par l’IFOP révèle qu’ils sont désormais 14 % à être ou avoir été tatoués. Ceux qui font bondir les statistiques ? Les moins de 35 ans, dont 27 % ont marqué leur épiderme à vie (ou presque). Gageons que le noble institut n’est pas sorti des catégories socioprofessionnelles ou des tranches d’âges pour s’intéresser à certains sportifs… comme les athlètes de CrossFit ®*. En effet, un petit sondage tout à fait informel a révélé que 68 % des personnes interrogées avaient un ou plusieurs tatouages. Le CrossFit ®* serait-il un sport de tatoués ?

Secrets d’histoire

Avant de tenter de comprendre le pourquoi du comment, sors la DeLorean, Marty ! Rendez-vous au lendemain du festival international du Paléo (huile de coco non fournie) : nous voici autour de l’an trois mille avant notre ère. Tandis que les poids olympiques sont teintés dans la masse avec des pigments naturels, le premier tatoué connu, Ötzi, aussi connu sous le nom d’Hibernatus (pas de Funès, l’autre), fait sa vie avant de finir congelé comme un nugget chez Picard. Le garçon arbore de nombreuses marques et signes, réalisés par incision et insertion de poudre de charbon de bois. Au-delà du simple ornement, une corrélation entre tatouages et lésions d’arthroses a été établie. À l’époque, le tatouage flirte avec la pratique thérapeutique… Il se concentre sur le siège de la douleur, ou sur un réseau anatomique (parfois présumé) afin de faciliter, détourner ou bloquer la circulation de fluides nuisibles ou bénéfiques. À l’Antiquité, exit le Docteur Maboul. À certains endroits, le tatouage sert à notifier une sanction pénale ou indiquer le nom d’un propriétaire. Pour la rébellion, la liberté et tout le tintouin, on repassera. Reste que, au fil des époques et des sociétés, le tatouage est perçu – et utilisé – très différemment. En Europe, il est longtemps l’apanage des marginaux, en Asie, un signe d’appartenance à la pègre tandis qu’en Océanie, c’est une marque de prestige social. Voilà pour une rapide contextualisation. Merci, bonsoir, on peut ranger le Stéphane Bern qui sommeille en nous.

Crédit : La Belle et la Bête

Peinture sur soi

Désormais, se faire tatouer est rentré dans les mœurs. Pour 55 % des Français, c’est même un art à part entière. Le chiffre monte à 80 % chez les 18-24 ans. Voilà, amis tatoués, votre môman avait raison : vous êtes un véritable chef-d’œuvre ! Dévotion maternelle mise à part, le tatouage sort de l’ombre. S’il laisse sa marque sur les athlètes de tous les sports, du tennis au football en passant par la boxe, la pratique compte de nombreux adeptes dans le CrossFit ®*. Pour s’en convaincre, pas besoin d’aller bien loin. Un WOD par une belle journée estivale dans votre box suffira à transformer n’importe quel metcon en remake de Ink Master (mais sans les pétages de plombs induits par la consommation de donuts rances et le manque de sommeil). Quant aux compétitions de CrossFit ®*, les champions « encrés » sont si nombreux qu’on ne sait plus trop si on a atterri dans un Throwdown ou une convention de tatouages. Et parmi les athlètes qui impressionnent, tant pour la note artistique que les compétences sportives, on retrouve Virginie Rousseau. Cette Master ne compte plus ses tatouages. Elle estime en avoir un peu plus de trente, mais « ils sont venus s’ajouter les uns aux autres et forment un tout désormais (…) Ils sont moi à 200 %. Quand je me regarde, à vrai dire je ne les vois pas, car ils font partie intégrante de moi, de ma peau, et me définissent à l’instar de ma couleur de cheveux, ma taille, ma couleur d’yeux ». Le CrossFit ®* dans tout ça ? Rien à voir ou presque. Elle passe la porte d’un tatoueur à 19 ans, celle d’une box à 35. Car, c’est bien son histoire personnelle qui motive l’envie d’ajouter de nouveaux motifs sur sa peau. Et pas Fran, Cindy and Co. Seule exception à la règle ? Un lettrage sur les côtes : « F. Invictus. T », évoquant sa « plus belle expérience sportive » : la French Invictus Team, une des premières équipes de CrossFit ®* hexagonal. Toutefois, quand on lui demande si tatouages et CrossFit ®* lui semblent indissociables, la réponse est sans appel : « Pour ma part, je ne vois aucun lien entre les deux. Après, j’ai commencé à me faire tatouer il y a 23 ans et j’ai vu la pratique se démocratiser au fil du temps. Si bien que de plus en plus de gens sont tatoués et dans un milieu comme le CrossFit ®*, là où, au-delà de la performance physique, il existe une part de “culte du corps”, ce n’est pas étonnant de voir autant de gens tatoués. C’est avant tout un art qui vise à sublimer le corps. »

Crédit : La Belle et la Bête

CrossFit ®* Ink

Car c’est peut-être là l’un des paradoxes de notre sport. L’absence de miroirs dans les boxs résonne comme une confirmation : le CrossFit ®* vise la performance, l’efficacité, la santé et non l’esthétique. Toutefois, il y a fort à parier que si vous vous sentez bien dans votre peau, cela aura quelques conséquences, d’ordre vestimentaire (ou de sa relative absence) ou plus artistique. Savoir de quoi son corps est capable, se l’approprier ou se le réapproprier, se sentir mieux dans ses Nano peut être un élément déclencheur pour enfin oser son premier motif, à l’instar de Vladimir, athlète à CrossFit ®* Silvaticus : « Le CrossFit ®* améliore l’estime de soi, par le corps. Il est donc probable qu’on ait envie d’attirer l’attention sur l’objet de cette satisfaction : notre corps. J’avais déjà en tête de me faire tatouer avant de commencer le CrossFit ®* mais comme je me suis réconcilié avec mon corps, cette envie revient au galop. À croire que de cohabiter avec tous ces tatoués, ça motive à sauter le pas ! »

D’ailleurs, Will et Fanny, les fondateurs de la marque Already10 l’ont bien compris. Non contents de nous proposer une gamme de vêtements écoresponsables, et aux motifs old school, ils sillonnent la France pour faire découvrir leur concept… et proposer des tatouages flash, comme cela a notamment été le cas lors de la dernière édition du Fittest Cop. « Fanny issue du commerce, moi plus artiste (Will est tatoueur depuis 6 ans, NDLR), et tous deux fans de CrossFit ®* il ne nous a pas fallu longtemps pour tout assembler et créer Already10. Le côté flash tattoo en compétition est cool, car il permet à chacun de repartir avec un petit souvenir. Pour certains de mes clients, c’est une première tant en compétition que pour le tatouage. Et pour les autres, un peu plus initiés, c’est l’occasion d’ajouter notre douce folie à leur collection de tattoos. Plus c’est décalé plus ça me plaît ! (…) Quand on commence le CrossFit ®*, cette discipline prend très rapidement beaucoup de place ou d’importance dans notre quotidien. Cette pratique m’a apporté une structure, et plus encore une communauté, un lifestyle. Pour ma part, il me faut bien moins que ça pour me faire tatouer, alors on peut facilement imaginer que beaucoup de gens ont envie d’avoir cela gravé sur eux ! Toutefois, je fais aussi beaucoup de demandes personnalisées sur les compétitions, car j’essaie de me rendre au maximum accessible. Il est souvent difficile et long d’obtenir un rendez-vous en shop, il en est de même pour moi dans mon studio à Bordeaux. Proposer une expérience un peu folle, difficile d’accès habituellement dans une compétition où les athlètes viennent se dépasser et prendre du plaisir, est un plus ». Toutefois, là encore, le tatouage reste avant tout une histoire personnelle : « On ne pourrait pas généraliser sur ce thème tant les raisons sont diverses, autant qu’un design aura une signification différente d’une personne à une autre. On voit effectivement beaucoup d’athlètes tatoués, mais chacun a ses raisons. Certains seront juste esthétiques, ornementaux, certains raconteront une histoire et d’autres encore auront un côté plus spirituel, ou même rituel ».

Quelle que soit la raison qui vous fait passer dans le clan des tatoués, n’oubliez pas de bien écouter les conseils de votre tatoueur, histoire de ne pas friser la conciliation matrimoniale dès les premières semaines de cohabitation, et, surtout, de cicatriser correctement afin d’éviter toute déconvenue.

Par Clémence Simon (ihatewallballs.com/)