Les lésions musculaires en CrossFit ®*

Cet article est paru dans le WorkOut Mag’ n°38. Pour vous abonner au magazine, il suffit de cliquez ici !

Quel que soit le sport pratiqué, les lésions musculaires représentent une part importante de la traumatologie du sport et le CrossFit ®* n’y échappe pas. Dans l’ensemble, l’apparition des lésions musculaires est la résultante d’efforts ayant dépassé les capacités de tolérance du muscle. De la simple courbature à la déchirure en passant par la rhabdomyolyse, il existe plusieurs types de lésions au niveau de gravité variable.

Crédit : Reebok

Comment les différencier ? Comment les prévenir ? Et surtout comment les traiter ? Tour d’horizon sur les lésions musculaires en CrossFit®*.

No brain, no gain

Avant de comprendre comment un muscle est amené à se léser, il est important d’en comprendre le fonctionnement. Les muscles striés squelettiques, tels que les biceps ou autres quadriceps, permettent de mouvoir les segments osseux à partir d’une commande volontaire et ainsi, de créer les mouvements du corps dans l’espace. Le muscle strié est constitué d’un ensemble d’éléments (cellules spécifiques, tissus conjonctifs, vaisseaux sanguins, nerf…) dont chacun joue un rôle essentiel dans le bon fonctionnement de l’organe et, le cas échant, dans sa cicatrisation. Les cellules musculaires, aussi appelées myocytes, sont composées de filaments protéiques d’actine et de myosine. C’est le rapprochement de ces filaments entre eux qui va créer les forces de contraction. En se contractant, le corps musculaire va se raccourcir et rapprocher les segments osseux qu’il relie. On distingue deux types de fibres musculaires. Les fibres de type 1, ou fibres rouges, sont des fibres à contraction lente. Peu fatigables, elles nécessitent une bonne vascularisation pour un fonctionnement optimal. Les fibres de type 2, ou fibres blanches, ont, quant à elles, une rapidité et une force de contraction plus importantes, mais sont cependant moins endurantes. L’ensemble de ces fibres est appuyé par un tissu conjonctif de soutien qui va permettre d’unir les faisceaux musculaires tout en leur apportant l’innervation et la vascularisation nécessaires.

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Sur le plan anatomique, on distingue deux zones de fragilité. La jonction myotendineuse, autrement dit la jonction entre le corps musculaire et le tendon. C’est à cet endroit que la force du muscle est transmise au tendon. Le ratio des forces qui y sont produites en rapport à la surface de la zone est tellement important qu’elles en feraient transpirer le plus bourru des athlètes ! La jonction myoaponévrotique est la deuxième zone la plus fréquemment atteinte. Il s’agit de la jonction entre le corps musculaire et l’aponévrose, sorte de tissu fibreux qui tapisse les muscles.

Le sport induit par définition des microlésions musculaires. C’est d’ailleurs la cicatrisation de ces microlésions qui va être à l’origine du développement du muscle (force, vitesse, volume…). C’est le principe même de l’adaptation : soumettre le corps à une contrainte pour qu’il cicatrise en devenant plus fort. Ce sont aussi ces microlésions qui peuvent être à l’origine des courbatures, phénomène bénin, qui indique toutefois que le seuil de tolérance du muscle a été atteint.

La déchirure, qui représente l’accident le plus répandu, correspond à une rupture des fibres musculaires plus ou moins étendue. Les fibres déchirées se rétractent et vont créer un vide qui va rapidement être comblé par un hématome, et dans certains cas, par du calcium.

Deux types de mécanismes de lésions musculaires aiguës peuvent survenir :

  • Les atteintes extrinsèques (traumatisme externe type coup, choc, chute…) représentent 10 % des lésions.
    • Les atteintes intrinsèques. Elles vont être la conséquence soit d’un étirement passif brutal ou d’une contraction concentrique excessive, soit d’une contraction excentrique.

C’est ce dernier type de contraction qui est à l’origine d’une majorité des lésions. La contraction excentrique (quand je freine le mouvement) développe en effet beaucoup plus de force qu’une contraction isométrique (quand je reste immobile, le coude plié à 90 ° par exemple) ou concentrique (quand je rapproche deux segments osseux).

Crédit : Reebok

Le muscle… ça déchire !

Contrairement à d’autres tissus du corps humain, le muscle est un des rares qui, une fois lésé, ne retrouvera jamais sa structure initiale. Le processus de guérison conduit à la formation d’une cicatrice qui sera présente à vie. La réparation musculaire se déroule en trois phases : la dégénérescence/dégradation, la régénération puis la maturation des tissus.

La phase de dégradation est une étape essentielle au bon déroulement de la cicatrisation. Des premières heures qui suivent la déchirure jusqu’au 7e jour, c’est le grand nettoyage. L’hématome qui s’est développé va permettre de guider toutes les séquences de réparation. Dans un premier temps, un ensemble de cellules immunitaires va se présenter sur le lieu de la lésion afin de nettoyer les fibres nécrosées tout en développant un état inflammatoire local. Cette inflammation est à l’origine de la création d’une nouvelle vascularisation qui va permettre de faciliter l’apport en oxygène et autres cellules immunitaires tout en favorisant l’élimination des déchets musculaires. La combattre serait donc une erreur.

S’en suit la phase de régénération. À partir du 4e jour, certaines substances anti-inflammatoires vont être libérées afin d’engager la phase de reconstruction tissulaire. On passe donc d’une phase de dégradation et d’activation inflammatoire à une phase de régénération. Rapidement le corps va venir combler le vide par du collagène de type III. Un collagène de piètre qualité qui a cependant le mérite de stabiliser rapidement la lésion. C’est aussi cette rapidité de comblement qui en fait une difficulté de diagnostic. La palpation par le professionnel de santé à la recherche d’un « trou » autrement appelé « solution de continuité » est un des éléments diagnostic essentiels. Un délai de consultation retardé, parfois à plusieurs jours après l’accident rend donc la palpation plus complexe.

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Enfin, la phase de maturation se met en place entre le 21e et le 42e jour. On comprend dès lors qu’espérer soigner une déchirure en une semaine est un non-sens thérapeutique. La lésion, initialement comblée par du collagène, va peu à peu être constituée uniquement de fibres musculaires accompagnées d’une petite cicatrice fibreuse. Il arrive cependant que cette étape ne se passe pas de manière optimale, laissant place à une fibrose. La fibrose se matérialise par un dépôt excessif de tissus conjonctifs. Un tissu qui n’a en théorie rien à faire ici dans ces quantités. Cette anomalie de cicatrisation va se caractériser par une raideur musculaire, une douleur persistante, ainsi qu’une diminution de la force. Cette fibrose peut perdurer jusqu’à neuf mois après la lésion initiale. Il est donc primordial de tout mettre en œuvre pour éviter son apparition. D’un point de vue pratique, la rapidité du diagnostic par un professionnel de santé est un élément clé pour une évolution favorable.

Il est primordial de visualiser la lésion musculaire en trois dimensions. Afin d’obtenir un remodelage correct du muscle, il est important de le soumettre à la contrainte. Le renforcement spécifique, précoce, progressif, et guidé par un kinésithérapeute, permettra aux fibres de cicatriser dans l’axe à l’instar d’un tuteur qu’on planterait à la base d’un pied de tomate. À l’inverse, le repos favorise la cicatrisation anarchique, ce qui constitue un risque majeur de récidive. Les massages (automassage ou effectués par un tiers), ainsi que les étirements sont à proscrire, au risque de voir la déchirure s’aggraver.

Les dernières recherches en physiothérapie ont modifié la prise en charge des traumatismes aigus. Face à une lésion musculaire ou à un trauma tel qu’une entorse, et après diagnostic médical, il convient d’appliquer le protocole PEACE & LOVE :

P : Protection. Veiller à cesser toutes activités provoquant la douleur dans les premiers jours suivant l’accident.

E : Élévation. Soulever le membre atteint de sorte à favoriser le retour veino-lymphatique.

A : Avoid Anti-Inflammatory. L’inflammation est un facteur important de la cicatrisation. Il est recommandé d’éviter la prise d’anti-inflammatoire, ainsi que l’application de glace.

C : Compression. Utiliser un bandage compressif.

E : Éducation. S’informer permet de limiter le recours à une surmédication tout en limitant le catastrophisme lié à des idées reçues.

&

L : Load. Remettre en charge progressivement, idéalement guidé par un kinésithérapeute, permet de guider la cicatrisation.

O : Optimisme. Être confiant et positif est un facteur bénéfique pour une bonne guérison.

V : Vascularisation. Mettre en place une activité à visée cardiovasculaire permet d’irriguer les tissus endommagés tout en augmentant leur métabolisme.

E : Exercices. Favoriser un retour à la normale en incluant un travail actif de mobilité, de proprioception et de force.

La prévention reste la solution idéale pour pouvoir continuer de lifter longtemps. Certains éléments tels que l’âge, l’origine ethnique, la conformation anatomique ou encore les antécédents médicaux sont autant de facteurs qui peuvent favoriser l’apparition de ce type de lésions, mais sur lesquels il est évidemment difficile d’agir. Une fois encore, la génétique y met son grain de sel. Des croyances populaires nous incitent à imputer en partie ces accidents à un manque d’échauffement et de préparation. Plusieurs études réalisées chez des footballeurs (sport le plus étudié puisque considéré comme étant le plus à risque à ce sujet), ont montré que la quasi-totalité des lésions survenait au bout de 40 minutes de jeu, excluant dès lors la part de l’échauffement, et pour une grande majorité chez des athlètes présentant de bonnes conditions physiques. Une des explications serait en lien avec la fatigue qui induit systématiquement un déficit du contrôle moteur et donc une qualité de mouvement détériorée. Le CrossFit®* qui se veut être un sport à haute intensité est, par définition, soumis à cette contrainte de mouvement. Une gestuelle qui se dégrade associée à des charges lourdes vont accroître le risque de survenue de ce type d’accident. À souligner que la fatigue induite par un état de surentraînement est également un facteur favorisant. Bien gérer sa charge d’entraînement devient donc un axe majeur de prévention.  

Sur le plan scientifique, aucune étude n’a pu à ce jour mettre en corrélation le manque de souplesse avec la survenue d’une lésion musculaire aiguë. De plus, la mesure de la souplesse semble être peu objective puisque celle-ci implique divers systèmes tels que le rachis, la ceinture pelvienne, le nerf sciatique… Le déséquilibre musculaire entre les muscles agonistes et antagonistes (ex : ischiojambiers/quadriceps), semble être l’explication la plus cohérente. Un quadriceps trop fort, et les ischiojambiers ne seront pas en mesure de freiner un mouvement d’hyper extension de genoux. Travailler sur le rééquilibrage des forces en effectuant des séances de renforcement spécifique, souvent délaissées par les athlètes CrossFit®*, serait donc un moyen efficace de prévention.

Quelques mots sur la rhabdomyolyse

Bien que rare, la rhabdomyolyse se caractérise par une dégradation importante du tissu musculaire qui va diffuser dans le sang certains éléments pouvant provoquer des complications rénales graves. Signe par excellence d’un surentraînement, celles-ci se caractérisent par une triade classique : douleur et faiblesse musculaire associées à des urines brun-rougeâtre. En conclusion, « no pain, no gain » est une phrase qui, si elle rend bien affichée sur les murs d’une box de CrossFit®*, ne représente en rien une préparation physique de qualité. Dans l’espoir que les salles ouvrent de nouveau un jour et afin de limiter au maximum la survenue d’accident de ce type, en raison d’un sous entraînement prolongé, essayez de profiter de cette période pour axer votre travail vers du renforcement spécifique qui vous apportera protection et performance. Vous rapprocher d’un coach afin d’être encadré et de développer des capacités cohérentes avec le CrossFit®* est le moyen idéal d’y parvenir. Vous avez aussi beaucoup de séances de renforcement dans les derniers WorkOut Mag’. Profitez-en !

Par Jonathan DEVERGE – Ostéopathe